« Si je t’écris ce soir de Vienne…

… J’aimerais bien que tu comprennes », chantait Barbara. Comprendre ce que j’ai vécu, ici, en Autriche, pendant un an. Ce ne sera pas chose facile, et je ne prétendrai même pas faire un résumé exhaustif de mon expérience Erasmus. Alors je me contenterai d’une brève rétrospective. Ni un résumé, ni même un bilan. Peut-être une histoire aux accents de nostalgie. En tous cas, il est fort peu probable que je re-Vienne inchangé.

Schönbrunn

Schönbrunn

Ce que je retiens en premier lieu, c’est une ville extraordinaire, dont le dynamisme, allié au charme impérial, peut surprendre. Certes, Vienne paraît à certains égards assez « plan-plan ». On n’insistera jamais assez sur le respect presque dogmatique de la tradition, l’absence de réelle émulation politique ou la recherche permanente du consensus et de la discrétion. Mais la cité se meut. Je me revois à mon arrivée, en septembre, où tout était à découvrir. La vie Erasmus et ses activités de découverte nous aurons menés jusqu’aux Heuriger de Grinzing (sortes de petites auberges au Nord de Vienne, dans un village rattaché à l’agglomération), à la belle saison des vendanges (et avec elle la découverte un peu énigmatique du Spritzer). Octobre et le début des cours n’ont pas altéré l’appréciation de l’Oktoberfest et son ambiance teintée de Lederhosen et Drindl, ces tenues traditionnelles que vous associerez au Tyrol, quoi qu’il ad-Vienne. Tout au long de mon séjour – que dis-je ? Mon exil ! – j’aurais parcouru un peu cette Autriche que l’on dépeint en image d’Epinal. Des collines de vignobles à l’extérieur de la capitale au petit village pittoresque d’Hallstatt, j’ai pourtant l’impression qu’il me reste tant à découvrir.

Hallstatt

Hallstatt

A partir de novembre et pour tout l’hiver suivant, c’est une Vienne enneigée et nocturne que je me représente. Vienne la nuit, sonne l’heure d’aller à l’opéra. J’y suis allé trois fois,

Au bal à la Hofburg.

Au bal à la Hofburg.

pas plus – je sais, c’est mal. Cela m’a été suffisant. N’abusons pas des bonnes choses, même à moins de cinq euros le ticket de dernière minute (avec la contrepartie de rester debout tout au long de la représentation… ce qui est fortement déconseillé pour Richard Strauss). Vienne la nuit, ce sont les mondanités, la poésie d’un XIXème siècle retrouvée. Un beau soir de janvier, on s’emmitoufle dans un grand manteau d’hiver sous lequel est caché un costume de soirée. On va sous les tilleuls de la promenade. Il s’agit d’affronter le froid pour aller chercher sa cavalière avant de traverser le centre pour atteindre la Hofburg, où un bal ne saurait commencer sans nous. Il ne neige pas. Pas encore. Pour combien de temps ? En passant près du Stephansdom, les chevaux tirent les dernières calèches. Les cochers auront gagné leur journée, malgré le froid – eux y par-Vienne-nt.

Weihnachtsmarkt

Weihnachtsmarkt

Un autre soir encore, en sortant de l’Université, à une centaine de mètre plus loin, on se retrouve devant la Rathaus qui revêt des charmes enfantins. Je passerai sur mes talents au patinage artistique qui ont failli me coûter un bras, littéralement (Non. Papa, Maman, je PLAISANTE, je reviens entier !). En revanche, il est hors de question que je fasse l’impasse sur le marché de Noël. Ah ! Quel attrape-touriste ! Mais bon sang qu’il en vaut la peine. Ces soirées passées entre Erasmus de tous horizons à nous réchauffer au coin du feu en dégustant je ne sais quelle pâtisserie ou boisson brûlante. La bohèmeuuuh…

Hundertwassershaus

Hundertwassershaus

Vienne, ville d’art et de loisirs. Avec l’arrivée du printemps, viens celle de la découverte de la plastique de la ville. Bon, je n’ai pas attendu avril pour me mettre à parcourir les expos et chercher les chefs d’œuvre de la ville, qu’on en con-Vienne. La capitale autrichienne traverse les époques et les styles, de la gothique Stephansdom au contemporain Museumsquartier. « Der Zeit ihre Kunst. Der Kunst ihre Freiheit » (« Au temps son art. A l’art sa liberté ») est l’inscription au-dessus de l’entrée du musée Sécession. Sécession

Sécession

Sécession

est un mouvement symbole de Vienne au début du XXème siècle, alliant rupture et esthétique, un poil kitsch et qui aura fait la renommée de Klimt, principalement. Si bien qu’on ne voit que LUI dans les boutiques souvenirs (aux côté de Sissi et Mozart, c’est vous dire l’absence totale de respect chronique !). Plus tard encore, la ville sera touchée par un individu peu commun, une sorte de Gaudi viennois : Hundertwasser. Ses maisons bariolées, asymétriques et dévouées à l’écologie sont une fraîcheur au milieu de l’Empire. Ni sur une place, ni bout d’une avenue, cette maison surgit soudain devant le promeneur égaré, qui la découvre resplendissante de vie et de couleurs (et accessoirement de touristes japonais). Enfin, pour mettre fin à un stéréotype, Vienne n’est pas coincée dans l’ancien. Museumsquartier est en cela l’endroit phare des hipsters viennois (si, si, il y en a), qui allieront branchitude et culture. A noté que l’endroit aura eut un succès fou en hiver, alors que l’expo « Nackte Männer » (sur l’évolution de la représentation du nu masculin dans l’art) aura fait un tabac. Et il est à parier que les affiches de Pierre & Gilles, de même qu’une immense pancarte représentant un homme nu devant le musée, auront contribué à la publicité de l’exposition.

Mister Big - Exposition Nackte Männer

Mister Big – Exposition Nackte Männer

Aujourd’hui, Museumsquartier est essentiellement fréquenté par la jeunesse tardive, l’Autriche qui se couche tard. On sirote un Hugo (cocktail délicieux) en refaisant le monde entre le Mumok et le Leopold Museum. C’est le signe que l’été est de retour. La saison ferme la parenthèse de mon Erasmus, de la même manière qu’elle l’avait ouverte. C’est la période où l’étudiant en échange multiplie les sorties au Praterdome, Flex ou autre U4. Il va au Travel Shack le mardi soir, commande des verres aux noms plus cocasses les uns que les autres. Par un après-midi ensoleillé, il décidera d’aller se baigner dans le Danube ou de s’essayer à quelques attractions du Prater (ou les deux après tout). C’est à ces moments qu’il se forge les plus belles amitiés. Car on n’insistera jamais trop là-dessus, l’expérience Erasmus n’est rien sans les gens que l’on rencontre : Français, Autrichiens, Belges, Suisses, Néerlandais, Anglais, Espagnols, Italiens, Polonais, Suédois… Et même des gens venus de Montréal ! Le cosmopolitisme a du bon. L’échange culturel est vital pour que nous ne restions pas enfermés dans nos paradigmes nationaux et beaucoup trop centrés. Echangez, voyagez, partez. En bref : partagez.

Les baignades au Danube

Les baignades au Danube

D’aussi loin que je me sou-Vienne, je n’aurais jamais vécu tant d’intenses moments en si peu de temps. Du Prater au Praterdome, des pique-niques à la Rathaus aux baignades dans le Danube. Les Heurigers. Le Travel Shack. Les befores. Les Sachertorte. Le Café central. Les déjeuners au Votiv. Les voyages à Budapest, Prague, Berlin, Uppsala et Venise. La patinoire. Toin Toin. Le maché de Noël. Le Mafiosi. Le cochon. Call me maybe. Les soirées françaises à l’Ost Klub. Les cours de Papy. Pingouin. Chrchrchr. Le moustachu. La Radler. La soirée 90’s. Les Mozartkugeln. La U2. Le Belvédère. Schönbrunn. Les cours d’allemand. Samba. La neige. Le bal. Billa. Natsu. Toutes ces choses indicibles. Et hélas, les adieux.

Tschüss Baba ;)

Tschüss Baba 😉

Barbara avait raison : « C’est beau, Vienne ».

Dors à Venise

J’avais vu l’Europe centrale et les pays de l’Est. J’avais été soufflé par le dynamisme germanique. J’avais même été agréablement surpris par l’Europe du Nord, pendant cette troisième année. Pourtant, certaines facettes de cette Europe que je chérie tant auraient pu m’échapper. Certaines découvertes restent d’ailleurs à planifier. En attendant, c’est un des aspects méditerranéen du continent que j’ai pu découvrir pendant ces quatre jours qui marquèrent la fin du mois d’avril. Trois nuits que je dors à Venise (à défaut d’y mourir), et me voilà enchanté.

Pourtant, le chemin pour arriver à l’impériale cité aura été laborieux, même en omettant la narration de l’organisation du voyage. C’est par train de nuit que nous sommes partis à Vienne Venise (oh ! tu m’embrouilles aussi), à deux (les autres nous rejoindraient sur place à différent moments). Si au début nous nous réjouissions d’être seuls dans un compartiment de six places, nous allions vite déchanter alors que deux hommes nous rejoignent, quelque peu suspects (un sac quasiment vide pour deux, une boisson énergisante de temps en temps lorsque tout un chacun essaie de dormir…). Au final cela n’aura été que pure parano, mais l’épreuve de l’angoisse fut la première du périple. La seconde fut de trouver son confort sur ces places assises. Ce fut un échec. Cela dit, il m’aura ainsi permis d’admirer l’aube sur les montagnes italiennes, vite remplacées par la plaine du Pô (oui Lucie, LA PLAINE DU PÔ !). Puis enfin, après une brève traversée de la lagune, voici que le train arrive à la gare de Venise, la belle Venise.

Arrivée à Venise.

Arrivée à Venise.

Ah ! Quelle merveille ! D’entrée il faut se plonger dans le labyrinthe pour nous diriger vers l’auberge de jeunesse, située dans le Sestiere Castello, c’est-à-dire exactement à

A la recherche de l'hôtel

A la recherche de l’hôtel

l’opposé de la gare. Alors nous nous lançons, sachant qu’il faut suivre le Rialto puis la (mythique) Piazza San Marco. Le reste sera à tâtons. Ai-je vraiment besoin de m’éterniser sur l’inutilité d’un plan à Venise ? Quel que soit votre sens de l’orientation, trouver un endroit précis n’est pas une mince affaire. Nous voici donc à l’arrivée, perdus au milieu des canaux, ruelles à peine plus large que moi, sous du linge pendant entre les maisons, faisant demi-tour alors qu’une rue est coupée par un canal et retombant plusieurs fois de suite sur la même petite place. Même après avoir déposé les valises, et en ayant eu les explications du gérant de l’auberge de jeunesse, trouver son chemin relèvera d’un défi de haut niveau. « C’est par là » – « Non par ici » – « Mais non là » – « Ah zut ! Il fallait tourner là en fait » – « Ben voilà, on ne peut plus avancer ».

Malgré cette image stéréotypée d’un fourmillement de petites ruelles, de canaux et de petits ponts, Venise reste une ville de contrastes. Ainsi, en arrivant à Venise, vous vous dirigerez vers la Piazza San Marco, sublime et légendaire. Pour l’atteindre, si vous êtes en provenance de la gare, vous passerez très probablement sur le Pont du Rialto. Le plus grand pont de Venise traverse le Grand Canal où se pressent gondoles et vaporettos, tandis qu’un marché longe les marches sur lesquelles la foule de touristes cherche à se faire prendre en photo devant ce panorama, symbole de la cité. En quittant le quartier San Polo pour celui de San Marco (d’un côté à l’autre du pont, donc), vous ne serez pas un instant seul. Les rues convergent quasiment toutes vers la Piazza San Marco où chacun veut aller. Mais l’étroitesse des voies oblige les passants à se succéder sans effet de masse. L’effet sera alors présent dès le débarquement sur la fameuse et légendaire Piazza San Marco. Quel monde ! Agoraphobes s’abstenir. C’est là le premier contraste. San Marco est le vaste quartier prisé par les visiteurs qui semblent fuir les labyrinthes étriqués des quartiers comme Castello, pourtant à cinq minutes de marche.

Piazza San Marco

Piazza San Marco

Il faut dire que l’endroit vaut le détour. Cette immense esplanade forme une sorte de L. D’abord, la Basilique, construite au XIème siècle et sans pareilles, a donné son nom à

Campanile.

Campanile.

l’endroit. Elle mélange les traces de plusieurs cultures, allant de la Renaissance aux arts byzantins. Sur sa façade, une mosaïque dorée retrace le transport de la relique de Saint-Marc à Venise. Sur son tympan central, le lion de Venise tenant un livre ouvert domine. Face à l’entrée de l’édifice, une première étendue rectangulaire, et entourée d’un immense bâtiment, abrite des cafés dont la réputation n’est plus à faire (café Florian notamment). A l’angle des deux parties séparées de la Piazza San Marco, se dresse un immense Campanile de briques, très marqué XVIème mais datant originellement du IXème siècle (ça lui donne un côté vintage). Mais le plus intéressant reste l’autre partie de la place, qui fait face à la mer, que deux colonnes ouvrent, en haut d’une desquelles se trouve la statue de Saint-Marc, et sur l’autre le Lion de Venise.

Palais des Doges

Palais des Doges

Egalement, sur cette place, se trouve le Palais des Doges. Ce bâtiment très chic de l’extérieur, est en lui-même un autre contraste. Il regroupait, comme son nom l’indique, les notables de la République vénitienne qui décidaient de la vie politique. En le visitant, on y découvre la salle du Conseil, la Salle d’armes et même le Pont des Soupirs qui mène à la prison (les soupirs étant ceux des prisonniers, et non ceux des amoureux, comme certains le pensent). Les geôles, gardées en l’état, sont glaçantes. Le choc est à la sortie, où l’on retrouve cette vie, cet art et cette ambiance magique. Le Palais des Doges est une parenthèse dans Venise.

Mais une fois que l’on sort des sentiers battus, Venise reste nuancée. La ville n’est pas uniforme. Bien que faite de canaux, de ruelles et de petits ponts au détour desquels on s’émerveille constamment, la ville est divisée en quartiers qui n’ont rien à voir les uns avec les autres. Ainsi, au nord, le Ghetto est relativement délabré. Cela n’enlève rien au charme de la ville, bien au contraire. Mais ici les maisons ne sont pas peintes de couleurs chaudes, les magasins de luxe ne sont pas présent. La vie y apparaît plus populaire. Alors qu’au centre, les quartiers de San Polo et Santa Croce paraissent de suite plus chics et pimpants. Enfin, à l’Est, le quartier Castello abrite l’Arsenal, qui rappelle le passé militaire de la ville. Le tracé des rues y est plus régulier, plus large et les bâtiments plus austères.

Quartier de l'Arsenal.

Quartier de l’Arsenal.

On ne saurait vraiment apprécier Venise sans s’en éloigner un peu. Venise est au centre d’une lagune, mais elle ne se résume pas qu’à son centre historique traversé par le Grand Canal. D’abord, en prenant le vaporetto, il est possible d’aller sur la minuscule île de San Giorgio Maggiore (du nom de l’Eglise qui s’y trouve). Elle aussi est dotée d’un campanile, beaucoup moins fréquenté mais qui donne une vue d’ensemble sur la cité. C’est comme une petite bulle éloignée de toute l’agitation du « continent », en restant extrêmement proche de lui.

Vue sur Venise depuis San Giorgio Maggiore

Vue sur Venise depuis San Giorgio Maggiore

Encore plus loin que San Giorgio, se trouve l’atypique île de Burano. C’est sans conteste mon endroit préféré à Venise (paradoxe). Miniature, l’îlot est un village de pêcheur dont la particularité est que les maisons sont toutes peintes d’une couleur différente. Les habitants sont tenus de conserver cette couleur et de repeindre chaque année leur maison. L’histoire retient que les pêcheurs avaient mis en place ce système de manière à retrouver leur maison si la brume s’invitait dans la lagune. L’île est aussi réputée pour ses petits gâteaux (que, forcément, j’ai goûté), sa dentelle et son clocher, penché depuis un tremblement de terre. Pourquoi diable aller à Pise quand on a Burano ? Elle semble avoir été préservée par l’afflux de touristes, bien que ceux-ci s’y dirigent fatalement un jour ou l’autre. Mais la vie locale, elle, reste forte et majoritaire.

Burano

Burano

Car Venise n’est pas une ville musée. En dehors des grands sites touristiques, les habitants sont présents. On les croise. Et gare à vous si vous sortez des sentiers battus. Une Italienne voyant débarquer notre petit groupe de cinq personnes dans son quartier bien calme, nous croyait perdu. Une fois que nous affirmons être parfaitement où nous voulons être, elle nous demande d’où l’on vient, nous pensant Allemands. Nous rectifions : Français. Sa réponse (en français dans le texte) : « C’est la même chose ! ». Nous crûmes comprendre qu’elle se lassait du flot d’étrangers qui déferlait dans sa ville… Mais qu’importe, elle est une exception. Les Vénitiens ont cette bonne humeur et cette chaleur méditerranéennes. On parle fort, on chante, on rit, on se moque des passants. Ah ! Quel bonheur que de retrouver cette ambiance qui fait paraître Vienne pour une ville si « plan-plan ».

Vue du Rialto depuis le Grand Canal

Vue du Rialto depuis le Grand Canal

J’ignore si Venise est vraiment la ville des amoureux. Mais ce séjour a fait de moi un amoureux de la ville.

Sverige utomlands #3 : Riga, c’est sympa.

Oui, c’était il y a 3 mois, mais on aime bien prendre notre temps avant de rédiger nos petits articles.

Riga, capitale internationale de l’ambre et de l’alcool gratuit, nous a en effet  livré tous ses secrets pendant 3 jours intenses de pérégrination en novembre dernier.

Notre voyage a cependant été composé de deux parties : une partie touristos lambda et une partie carrément underground/aventurier de l’est.

Les touristes normaux

Bon, d’abord il est vrai que ce qui nous a frappés en arrivant (si on met de côté la pauvreté et la glauquitude des quartiers en dehors du centre-ville), c’est surtout l’absence totale de touristes. Pendant tout le séjour, devant les bâtiments, dans les bars, dans l’office du tourisme, dans l’auberge de jeunesse, on avait clairement l’impression d’être seul. Nous qui nous plaignions de voir des touristes français partout, on a été servis.

Coucou, il y a personne.

Coucou, il y a personne.

Comme on était là pour deux jours, on s’est donc lancé très vite dans la découverte de la capitale lettone.

Le centre-ville (pas non plus très grand hein, c’est pas Sao Paulo) ressemble vraiment à une petite ville d’Europe de l’Ouest. On veut dire par là que la ville a quand même survécu à l’ère soviétique concernant son urbanisme.

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Bon je vous rassure, il y a quand même « quelques » traces du passage du communisme…

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L’université de Sciences de Riga made in Russia.

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Colonne représentant la victoire des Lettons sur le nazisme et le communisme.

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La statue devant notre auberge, tellement typique!

La ville a été construite par les danois/suédois (une des seules colonies que la Suède a réussi à choper d’ailleurs), ce qui explique ce côté pittoresque, avec de nombreuses églises et des jolies petites rues pavées.

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« La maison aux têtes noires » – de style bien suédois.

C’est aussi très propre, contrairement à certaines villes comme Budapest qui était un peu plus cochonne : pas d’odeur bizarre, pas de papier dégueu par terre, etc.

Les petits bâtiments de couleurs, avec les toits en pyramide, si communs en Scandinavie, étaient eux aussi en très bon état et permettaient une visite agréable du centre. En fait, on est assez surpris de manière générale par le patrimoine qu’un petit pays comme la Lettonie a réussi à se constituer et à préserver au fil du temps. Il y a, par exemple, un nombre tout simplement incalculable d’Eglises…Petites sélection:

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Par contre, niveau ambiance, on ressent tout de suite le côté « Est » : nombre incalculable de 4×4 avec vitres teintées, tout le monde fait la gueule, les gens sont pas « super » bien habillés, personne ne parle anglais (mais si tu parles Russe tout le monde comprend), etc.

En tant que visiteurs lambda, nous avons aussi gouté à la gastronomie locale dans des petits restaurants attrape-touristes ou un plat complet nous revenait à peine à 4 euros.

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En parlant des prix, ça faisait vraiment du bien, tout d’un coup, de voir son pouvoir d’achat multiplier par 6 par rapport à la Suède : Macdo à 3 euros, tickets de bus à 70 cts, etc.

Les touristes alternatifs

Comme on est aussi des sciences pistes en mode « 3A », nous, ce qu’on voulait, c’est aller à la rencontre de l’autre, voir la vraie Riga et visiter ce qu’il y a de l’autre côté de la vitrine touristique. Bon, on doit dire que l’on a très vite été mis dans le bain quand on a réalisé qu’on allait devoir dormir habillé, avec nos manteaux et parfois à deux sur un même matelas, car il y avait des petites insectes vicieux dans les lits de l’auberge.

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La vie en dehors du centre-ville.

C’est ainsi que nous nous sommes tout d’abord retrouvés au marché de Riga. Ouvert tous les jours sous une sorte de hangar, nous étions les seuls touristes à se balader tranquillement entre les étals. Je vous laisse imaginer le regard des gens- ces peuples étant reconnus comme très accueillants.

Ici, ce qui nous a frappés, c’est l’absence totale de joie : personne ne crie « achetez mes melons » (bon, de toute façon, il n’y en avait pas mouahaha), et les clients ont l’air totalement renfermés, et ne sourient pas.

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Toi aussi, fais ton shopping à Riga!

Dans le genre underground, nous avons aussi décidé de visiter un marché aux puces. On se disait que ça allait être génial, on pourrait acheter des petits souvenirs de l’ère soviétique, comme si on faisait du tourisme à Berlin. Pauvres occidentaux que nous sommes… Nous avons en fait débarqué sur une place – où le sol ressemblait à de la boue – où des vendeurs avaient construit des petites maisons en bois dégoutantes, et vendaient à peu près n’importe quoi : vélos, diodes, outils, chapeaux, Ipad (sûrement volé à des touristes égarés), etc. Nous n’avons pas de photos du lieu, étant donné que TOUT LE MONDE nous regardait et que franchement on avait peur pour nos petits téléphones. A défaut d’avoir trouvé du matos soviétique, on a trouvé une boutique qui vendait des insignes nazis et des canifs. Ambiance.

Mais nous, aventuriers que nous sommes, nous n’avons pas découragé. Comme on avait très très très très envie de faire la fête à l’Est –  histoire de tâter l’ambiance- et ne trouvant pas de bar où il y avait tout simplement des gens, nous avons opté pour une soirée organisée par l’université de Riga. Ce fut on ne peut plus typique. En effet, il n’y avait que des Lettons, et par chance, ce soir, dans cette boite, un groupe letton venait faire un peu de promo. Habitué aux danses suédoises assez alternatives et secouées, c’est vrai qu’on a été un peu été déboussolé par la danse très timide de nos amis lettons.

Mais bon, après nos 8 shots de vodka à 1 euros, on trouvait l’ambiance assez sympa. On s’est aussi mis au devant de la scène et lancé de nombreux mouvements de foule (genre levé de bras, etc.). Ce soir-là, nous avons un peu « occidentalisé » la jeunesse dorée de Riga.

En conclusion, on a tellement aimé cette ville, que nous allons très bientôt voyagé à Talinn, autre capitale balte du même genre.

Plein de « kyss » et de « kram » (bisous et câlins) de Suède 🙂 !

Si tu viens à Mannheim … nous fuirons Mannheim ! (en cinq points)

Mannheim, ville bombardée et grossièrement reconstruite après la seconde guerre mondiale, ne présente que peu d’intérêt touristique. Il faut bien le reconnaitre, un château d’eau en brique, une jolie fontaine et un parc rougeoyant en automne ne sont pas des attractions palpitantes. Mannheim a d’ailleurs la réputation dans toute l’Allemagne d’être une ville particulièrement immonde, bien que très prospère. Ce qui lui vaut sans doute son absence de réputation absolue dans l’Hexagone.
Pourtant, certains courageux ont eu la bravoure de venir jusque dans cette bourgade mal-aimée du Baden-Württemberg – Alexandre, Carole, Emma, Thibaut – et d’autre d’y rester – moi. Et jusque là nul n’a été déçu de son échappée allemande. Plus qu’un article, ce poste est une invitation à Mannheim, hideux et gris quadrillage que nous fuirions avant même que tes pieds aient eu le temps d’y faire 3 pas.

– Nous commencerons par Heidelberg. Passage obligé de tout touriste, cette ville à seulement 15mn en train* est une pièce d’orfèvrerie avec son château, surplombant la vallée, au creux de laquelle coule le Neckar. Alexandre et Thibaut ont d’ailleurs eu la chance d’en visiter le pittoresque marché de Noël. Si tu n’as pas de chance, tu te perdras, ticket en main, dans les cours du château, n’en trouvant pas l’entrée, tout comme Carole, Emma et moi !

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– Ensuite nous nous échapperons à Stuttgart la festive ou à Mayence l’historique à une heure en train*. Cette dernière, très réputée pour son carnaval et ses parades, n’en demeure pas moins intensément culturelle avec ces nombreux musées qui n’attendent que toi pour que je les visite !

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– Nous ferons un bref détour historique devant l’université de Mannheim, qui n’est autre qu’un château reconstruit dans les années d’après guerre. La photo devant les grilles étant un must have de ton passage ici.

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– Nous nous évaderons à travers les saveurs des restaurants autochtones ou cosmopolites. «Café Vienna» pour les amateurs d’assiettes gargantuesques de Spaetzle ou «Istanbul» pour ceux qu’une envie de Kebab surdimensionné habite !

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– Nous nous évaderons dans l’ivresse de la folle vie étudiante allemande et de la bière germanique (que je commence à peine à apprécier après cinq mois d’essai infructueux) et de Sekt (équivalent d’un mauvais mousseux délicieusement sucré). Les occasions de faire la fête ne manquent absolument pas : Chaque résidence étudiante ouvre les portes de ses sous-sols un jour par semaine, l’université organise chaque jeudi une énorme soirée dans une de ses cours si le temps le permet, ou dans ses «Katakomben». De plus, les trams ont la bonne idée de circuler toute la nuit !

Si Mannheim est la cité de la laideur, elle n’est point celle de l’ennui ! C’est un plaisir d’y vivre et d’y recevoir ses amis. L’Allemagne a de bons côtés et nombres d’entre eux vont me manquer de retour en capitale !

* les trajets en train passent très vite lorsqu’on les accompagne de Bretzel tout juste sortis du four !

Berlin-fini et au-delà

Ça avait été mon intention première. Frais bachelier que j’étais, je m’étais imaginé qu’une année d’Erasmus à Berlin allait de soi, pour l’Européen convaincu que je suis encore. Et puis les aléas, les humeurs, les rendez-vous à la DAIE m’ont finalement orientés vers Vienne. N’allez pas croire que je regrette mon choix. Au contraire, ce séjour à Berlin m’a aussi fait réaliser que j’étais très bien là où j’étais. Ne nous méprenons pas : Berlin est une ville extraordinaire que j’ai beaucoup aimée. J’ai simplement constaté que je n’avais aucun regret ! Vienne et Berlin sont tellement différentes que toute comparaison manquerait de pertinence.

La première chose qui frappe lorsqu’on découvre la capitale allemande, c’est son dynamisme. L’activité est constante, intense. Tout s’accélère d’un quartier à l’autre. Il n’y a pas d’urbanisme à Berlin. Les rues, les bâtiments et les blocs se juxtaposent les uns les

Michel, ours berlinois

Michel, ours berlinois

autres dans une anarchie complète. Il est possible de basculer en un virage du calme complet d’une ruelle résidentielle à un croisement de boulevards qui mettent face à face feux piétons de l’Ouest et Ampelmänner (les feux pour piéton de l’ex-RDA). L’Alexanderplatz, Unter den Linden, la Potsdamer Platz côtoient le Tiergarten et l’île aux musées. Plusieurs mondes coexistent. Le tracé des rues semble improvisé et l’harmonie ne semble être garantie que par des anecdotes visuelles. Parmi elles, les feux « Ampelmann » ont déjà été cités mais ce qui est encore plus frappant ce sont les statues d’ours (l’animal étant le symbole de la ville) : tantôt colorés, tantôt bande-dessiné ou encore « queer », ils sont posés, là, dans la rue, comme si de rien n’était.

Squat d'artistes

Squat d’artistes

Outre les aspects du mobilier urbain ou la fréquence de la circulation le long des avenues, l’activité de Berlin se mesure avec la vie de ses habitants, alternant elle aussi intensité et répit. L’esprit bobo complète le fameux « underground ». Dès mon arrivée, Marien et Alice

Alexanderplatz : le Berlinois est pressé.

Alexanderplatz : le Berlinois est pressé.

(mes amis sciences-pistes qui ont eu la bonté de m’accueillir) m’emmènent dans un café à l’ambiance tamisée où les murs décrépits renforcent le ton chaleureux donné par des sofas, qui semblent avoir déjà bien vécus, tandis qu’une musique un peu Jazz apaise. Mais c’eut pu tout aussi bien être un bar beaucoup plus bondé jouant de l’electro minimale en ne servant que des cocktails so hype ! Le choix ne manque pas. Et pour vous remettre d’une soirée, rien ne vous empêche d’aller à un brunch bio en buvant du thé au jasmin pour accompagner une gaufre salée à la tomate et au basilic en écoutant de l’expérimentale lounge. La digestion peut alors se faire en explorant les galeries d’art comme les squats d’artistes voués à disparaître (pour des raisons de sûreté face à la vétusté de certains bâtiments). La jeunesse dynamique et intellectuelle ne peut que trouver son compte à Berlin. La capitale traduit la modernité européenne, ne basculant qu’à peine dans l’excès, offrant à chacun le rythme de vie qui lui convient. Berlin n’est pas une ville que l’on visite, c’est une cité où l’on vit.

Brandenburger Tor

Brandenburger Tor

Et pourtant parfois, l’Histoire surgit. Berlin est également une ville historique mais elle n’en porte que peu de traces. Uniquement le récent. Il est très difficile de retrouver des monuments qui datent du Premier empire par exemple (certes les bombardements y ont joué pour beaucoup mais bon…). C’est surtout que la ville a su mélanger les époques d’une manière brutale en apparence, mais géniale en l’occurence. La Brandenburger Tor symbolise à elle seule l’Allemagne. Située au bout d’Unter den Linden, elle s’impose comme allégorie de la grandeur établie outre-Rhin. Mais elle se mêle à l’histoire plus récente puisqu’à sa sortie, il est possible de découvrir le mémorial de la Shoah : des blocs de pierres posés régulièrement, à des hauteurs différentes alors que le sol pentu nous enfonce un peu plus pour nous couper de la réalité environnante. Respect.  Dans le prolongement on aperçoit le Bundestag, bâtiment austère s’il n’avait pas eu cette coupole qui allie esthétique de la modernité à nécessité écologique, devant une chancellerie tout aussi contemporaine, voire visionnaire dans son architecture. C’est aussi ça qui en fait le charme. Berlin a su mélanger à tous niveaux la modernité à l’ancien, le calme et l’hyperactivité, la nécessité et le culturel.

Mémorial de la Shoah et Bundestag dans la perspective

Mémorial de la Shoah et Bundestag dans la perspective

Mais cette histoire est aussi perceptible lorsqu’elle est grave. En témoigne la coupure Est-Ouest. Vingt-quatre ans après la chute du mur de Berlin, la division est encore visible, ne serait-ce qu’au niveau urbain. Je vous passerai les détails sur les inégalités socioéconomiques. Les choses témoignent d’elles-mêmes. Au milieu de l’Alexanderplatz s’élève la Fernsehturm en haut de laquelle il est possible d’avoir une vision à 360°C sur Berlin. A l’Ouest les quartiers varient, les immeubles aussi, les rues s’entrecroisent, serpentent, s’affinent ou s’élargissent selon les places alentour. A l’Est, les blocs de bétons sont disposés mécaniquement, les avenues sont larges et l’austérité règne. Si Checkpoint Charlie est devenu un lieu sans grand intérêt autre que touristique (d’autant que celui que vous verrez n’est qu’une réplique), le Mur de Berlin, lui, est toujours présent. Dans les mémoires, certes, mais aussi dans les vestiges qui sont visibles par endroit. Le tracé est reproduit par des pavés autour de la porte de Brandebourg et il est possible d’en voir tout un morceau le long de la Spree (fleuve qui traverse Berlin). D’un côté le mur a été peint par de nombreux artistes de tous horizons, pour célébrer la liberté retrouvée le 9 novembre 1989, dénoncer toutes les dictatures et dépasser ce drame. De l’autre côté, ce mur est resté vierge, le terrain est resté vague et l’ambiance glaciale a perduré. L’esprit reste.

Mur de Berlin

Mur de Berlin

Je retournerai à Berlin. L’Européen que je suis se le doit, le touriste que j’y fus se le souhaite. Il faut y rester longtemps pour se faire à toutes ses facettes, cette vie intense en parallèle d’une découverte artistique et historique, ce mélange culturel de plusieurs époques et cette articulation autour d’une modernité, de facto en constante évolution.

Réfugiés Nord-Coréens

Hey les amis !
Un petit post depuis les Etats-Unis pour vous parler d’une expérience un peu particulière que j’ai eu la chance de vivre mardi soir à U.N.C…

Une association coréenne organisait une conférence intitulée « An insider’s view on North Korea », au cours de laquelle deux réfugiés Nord-Coréens sont venus nous raconter leur enfance en Corée du Nord et leur évasion. C’est pas tous les jours qu’on a la chance de croiser un Nord-Coréen et de pouvoir l’écouter pendant deux heures, et ce qu’ils nous ont raconté m’a paru digne de vous être relayé.

Jeongho Kim a 21 ans et a vécu 14 ans en Corée du Nord, jusqu’à parvenir à s’en échapper en 2006. Cheoljun Yang a 19 ans, et il a vécu là-bas jusqu’à ses 13 ans.

La conférence a débuté avec la projection d’un film où on nous a expliqué les différentes façons dont les Nord-Coréens essayaient de s’enfuir. La frontière avec la Corée du Sud est infranchissable car grillagée et… champ-de-mines-ée, donc les aspirants à la liberté ont deux solutions : la frontière avec la Chine (allié communiste) qui n’est surveillée « que » par des postes policiers un peu plus épars (il faut quand même y parvenir, ce qui est le plus dur, puis marcher pendant 12 heures, et si un Nord-Coréen se fait choper par la police chinoise quelque part en Chine, il est renvoyé en Corée du Nord où il finit en camp ou en prison) ; ou tenter de prendre la police de vitesse dans les rues de Pyong Yang et escalader le mur d’une ambassade. Là, ça tourne souvent très mal et ceux qui ne grimpent pas assez vite se font taper dessus (vidéos à l’appui).

Une partie du film en question : http://www.youtube.com/watch?v=RsrBBJTXnsU

Fuir la Corée du Nord est un crime qui coûte à son auteur 7 ans de prison, et un médecin urgentiste allemand qui a travaillé plusieurs années dans le pays raconte que certaines d’entre elles sont de véritables camps de concentration (pas d’extermination mais de travail forcé, avec uniformes rayés et privation de nourriture) où il a entre autres vu des bébés mourir de faim. Il parle clairement dans le film de « crimes contre l’humanité » commis en Corée du Nord. Lorsque je lui ai posé la question de l’existence de ces camps, Jeongho Kim m’a répondu qu’en effet, la majeure partie des « criminels » Nord-Coréens (fuyards, opposants au régime, ou toute personne tentant de communiquer par radio / téléphone avec la Chine ou la Corée du Sud), y étaient envoyés… tout comme les hommes refusant de travailler (car travailler est obligatoire pour les hommes en Corée du Nord, et ceux qui tenteraient de se la « couler douce » sont envoyés se faire un petite piqûre de rappel dans un de ces camps). Avoir de l’argent peut toutefois vous sortir de là : les plus riches sont capables de payer et d’être relâchés.

Les deux réfugiés ont ensuite pris la parole.

Ils nous ont expliqué comment l’école et la télévision d’Etat les avaient conditionnés et endoctrinés jusqu’à l’âge de 10 ans (culte du leader et du régime, vision des Etats-Unis et de la Corée du Sud comme le mal suprême). Cheoljun Yang raconte que ce n’est que vers 12 ans, avec la possibilité de recevoir épisodiquement la télé ou la radio sud-coréenne, qu’il a compris que tout cela n’était qu’un grand mensonge. Intéressant : selon lui la plupart des gens sont aujourd’hui conscients que tout ça n’est que façade… mais ne peuvent juste rien dire ni faire sous peine de se retrouver vous savez où.

Jeongho Kim vivait dans une famille très pauvre, à tel point que pendant son enfance il n’avait souvent pas du tout de nourriture pendant plusieurs jours. Il a vu des gens mourir de faim et se souvient des corps emballés dans du plastique transparent, avant d’être simplement enterrés. Pour s’échapper du pays, à 14 ans, il a pris avec sa famille un bus pour la Chine. Un long trajet durant lequel il a dû se cacher, la peur au ventre, afin d’éviter d’être pris par la police et devoir purger 7 ans de prison. Il est ensuite passé de la Chine en Thaïlande, où il est resté 3 mois en prison avant d’être relâché et de pouvoir terminer le périple jusqu’en Corée du Sud. Il explique qu’en Corée du Nord il n’avait aucun rêve, que sa seule préoccupation était de manger et de vivre du mieux possible au jour le jour, et que c’est en arrivant en Corée du Sud, en rattrapant son retard scolaire (il n’est pas allé à l’école avant l’âge de 12 ans) qu’il s’est mis à rêver de faire quelque chose de sa vie future.

Cheoljun Yang vivait dans une famille moins pauvre, même s’il a lui aussi souffert de la famine. Problème, son père a attrapé la tuberculose, et en Corée du Nord il est très dur de se soigner. Sa mère a traversé la frontière chinoise dans l’espoir de permettre à son mari et à son fils de la rejoindre pour aller en Corée du Sud. Cheoljun a fait de même quelques années plus tard, laissant son père derrière lui. Il raconte que si traverser la frontière chinoise n’est pas difficile (il l’a fait grâce à un passeur payé par sa mère), il est très compliqué de s’en approcher et lui aussi a dû se cacher de la police de peur de se faire carrément tuer s’il était trouvé. Il a ensuite pu passer en Corée du Sud et son père a rejoint la famille en 2010.

Ce que j’ai trouvé le plus intéressant, outre la confirmation par des insiders de l’existence de camps où sont perpétrés des crimes contre l’Humanité, ou le fait que la stratégie d’endoctrinement soit en fait un échec (contrebalancé par le « succès » de l’emprise militaire et policière sur la population), c’est la force du rêve d’une Corée réunifiée chez ces deux réfugiés. Tous deux ont rappelé à la fin des deux heures de conférence combien ils rêvaient de voir les deux pays s’unir et comment ils comptaient se battre pour que cela soit possible.

Théo

De la balle !

Au théâtre ce soir...

Au théâtre ce soir…

Je vous avais déjà parlé de la Hofburg non ? Cet ancien Palais impérial reconverti en bibliothèque nationale, palais présidentiel et autres amusements ? Ce que j’ignorais jusqu’à il y a peu, c’est que l’endroit abritait aussi une salle pour les cérémonies et autres impétuosités du Tout-Vienne. Mon attrait pour l’esprit mondain ayant finalement pris le dessus de mes finances, je décidai il y a une dizaine de jours de me rendre au bal de la Teknische Universität de Vienne, qui se déroula à la Hofburg le 31 janvier. Avant de vous partager l’expérience (« J’ai testé pour vous… »), mettons une chose au clair : Non, je n’y ai pas croisé Marine Le Pen. Le bal d’extrême-droite avait lieu le lendemain (et je ne suis même pas sûr qu’elle y ait été invité, son agenda m’étant absolument égal).

Le plafond de la salle principale

Le plafond de la salle principale

 Qu’une chose soit claire: ici, on ne rigole pas avec les traditions et le protocole. Impossible de se risquer à une quelconque fantaisie genrée ici : ce sera robe longue pour Madame, et costume noir arboré d’un nœud papillon pour Monsieur (vérification en règle à l’entrée,

Cavaliers.

Cavaliers.

jusqu’à vous demander d’ôter votre écharpe. Vécu). Et c’est en entrant dans l’imposant bâtiment que l’on réalise qu’une entorse au règlement serait scandaleuse pour soi-même, avant de l’être pour le regard social. Après une demi-heure d’attente pour poser son pardessus au vestiaire, il nous est possible de découvrir un immense escalier tapissé de rouge, que l’on monte accompagné de sa cavalière (la mienne alors coiffée en chignon et portant une longue robe verte ressortant sur une peau légèrement mate… Big up Ysé !). Comme une impression de déjà vu, cette montée des marches. A son haut trône un buste de François-Joseph entouré de bouquets à tout va. Hommage à l’Empire d’antan ? Probable. En attendant c’était le coin prisé par tous pour LA photo.

Groupe Erasmus

Groupe Erasmus

C’est alors que nous entrons dans un couloir qui sépare le bar à sa droite de la pièce principale à gauche. L’on entend une valse résonner et l’on voit des gens s’y précipiter. Par chance, nous « verrons » la fin de la danse d’ouverture. Enfin, voir est un bien grand mot. Nous devinerons – pour les plus grands d’entre nous – quelques chignons et mains serrées tournoyant en rythme (la foule faisant barrage). La danse s’achève sous une salve d’applaudissements. La piste est ouverte à l’ensemble de la population présente. Les couples se forment et tournent. Apprenant à la va-vite les trois pas de base, je me lance au bras d’Ysé comme un gladiateur irait à la rencontre de l’arène.

Salle pricipale

Salle pricipale

On se prend vite au rythme. Perdus au début, ma cavalière avise que nous devrions avoir l’air un minimum hautain pour paraître assurés, et ainsi éblouir tant nos amis restés sur le bas-côté que nos concurrents visiblement aussi novices que nous. Bref, envoyer du pâté. Alors je vous vois, avec vos yeux brillants, vous représentant Sissi & Franz échangeant un regard au son d’une mélodie enchanteresse dans un balancement soutenu l’on se sent virevolter plutôt au niveau de la poitrine qu’à la hauteur des pieds, allant de potins en potins alors qu’ils aperçoivent Monsieur l’Ambassadeur avec une de ses maîtresses qu’il fait passer pour une parente, ou la Comtesse qu’ils accusent d’être un tant soit peu pompette. Eh bien pas vraiment. Outre l’aspect drôle et magique – quand même un peu – du moment, l’image qui me vient est plutôt celle d’autos tamponneuses tant les « Oups », « Aïe » et autres « Entschuldigung » (i.e. « pardon ») s’enchaînent. Et pour les aventureux en mal d’autres danses (ou voulant changer de danse puisque la tête finit par tourner), une salle annexe joue des musiques plus modernes (s’arrêtant au swing, voire au Be Bop) et une autre, un peu plus loin, donne des cours d’une danse un peu plus populaire. Néanmoins les instructions en allemand m’ont quelque peu découragé… Cela ne m’empêchera pas de passer une excellente soirée, qui clôturera un semestre de folle intensité avec mes amis Erasmus, dont la plupart devait hélas partir dans les jours qui suivraient.

"Galopp ! Galopp ! Galopp !"

« Galopp ! Galopp ! Galopp ! »

Alors certes c’était une première, et elle ne suffira probablement pas à découvrir toutes les facettes du bal viennois. Cependant j’en retiens que l’expérience était inoubliable parce qu’elle avait quelque chose de ces films des années 1960s, où l’on voit encore les traits de la colorisation de la pellicule, parce que l’on se croit projeté dans le passé. Tout le monde est beau, chic et l’on s’amuse malgré un protocole qui peut paraître déroutant. Je ne sais pas si je retournerai à un bal. Le temps me manque et cela fait partie de ces petits plaisirs ponctuels mais intenses. Une chose demeure sûre. L’espace d’une soirée, je me suis senti plus que jamais viennois, nouant un lien avec une pratique ancestrale mais qui a su se moderniser, dans une ambiance mêlant glamour et simplicité.

Alors, on danse ?

Alors, on danse ?